5. Economie ET proximité

5. Economie ET proximité

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« la globalisation est un tissu d’interactions que l’on peut appréhender à partir de sites localisés  » (Marc Abélès in Anthropologie de la mondialisation, 2008)

Lcropped-local-890x667-1.jpga révolution urbaine, la désindustrialisation de nos économies, la révolution digitale qui bouleversent l’industrie des services et le commerce, (re)positionnent la proximité comme un enjeu majeur dans un contexte de montée du protectionnisme.

La proximité géographique a toujours été une condition nécessaire de la vitalité économique. En effet, l’agglomération des acteurs est source d’efficacité, notamment pour l’innovation sous toutes ces formes.

“Concevoir le territoire non plus seulement comme une machine à créer de la croissance mais comme un support de redistribution et de consommation. Si les territoires sont en concurrence, c’est certes pour produire des richesses ; mais c’est aussi pour capter des richesses produites ailleurs. En somme, ce qu’un territoire reçoit est aussi important que ce qu’il produit.” (CESN, 2010)

Comment appréhender cette notion de proximité ?

La proximité géographique est à la fois :

  • un lieu de construction et de mise en oeuvre des politiques de développement économique local,
  • le regroupement sur un territoire d’acteurs économiques qui coordonnent leurs activités (production, développement commercial et export, communication, veille et innovation technologique, ressources humaines et formation, achats groupés)
  • un mode d’organisation de l’économie autour de la relation directe des entreprises avec leurs clients locaux,
  • une stratégie de développement basée sur la glocalisation (adaptation des produits et services aux spécificités des marchés nationaux voire régionaux),
  • un vecteur de création de nouveaux services grâce à tous les outils liés à la géolocalisation,
  • une réalité économique (1/3 des échanges interentreprises, 3/4 des échanges entreprises – acheteurs publics, 70% des emplois).

S’appuyant sur la géographie, la proximité organise l’économie autour de la relation directe et rapide entre acteurs. Mais, elle n’est pas suffisante pour garantir l’efficacité économique, surtout dans un environnement qui bouge très rapidement.

Pour l’être, elle demande la mise en place de mécanismes de coordination fondée sur les échanges et l’existence de réseaux de relations de différentes natures, y compris distants (cf. modèle Airbus).

Elle suppose aussi une forme de proximité institutionnelle qui fait référence à des liens identitaires : on se sent appartenir au même territoire. Cette appartenance détermine une communauté de comportements qui fait que l’on « se reconnaît » (notion de communautés d’affaires dont l’intérêt est le développement conjoint entre entreprises, entre entreprises et le territoire).

“Il ne suffit pas de travailler sur la convergence comme lieu ; il faut aussi travailler sur la convergence comme méthode.” (CESN, 2010)

De nombreuses études démontrent que le facteur clé de succès d’un territoire repose ainsi sur l’intersection entre ces trois types de proximité et que le rôle de la puissance publique est fondamental en cherchant à :

  • concentrer les ressources locales (entreprises, laboratoires de recherche, organismes de formation, …) y compris dans des lieux physiques ou des espaces géographiques délimitées,
  • capter des flux importants de moyens (investissements privés et publics, main d’œuvre qualifiée, etc.),
  • densifier les relations de coopération entre les acteurs économiques pour mettre en synergie les stratégies, les projets, les actions autours de problèmes productifs communs afin d’enrichir, de différencier et de valoriser les ressources locales (cf. clusters, pôles de compétitivité, programme PCRD puis H2020 au niveau européen),
  • inscrire leurs acteurs dans des réseaux physiques (transports, télécommunications, logistique) et immatériels mondiaux (communautés scientifique, centres de décision, etc.) permettant d’accéder à des ressources développées ailleurs.

La maîtrise de cette proximité repose sur une “smart” gouvernance qui orchestre le développement économique local dont les objectifs sont la mise en réseau et la construction de synergies à tous les niveaux. Elle n’est pas toujours facile lorsque les acteurs intervenant dans la sphère économique sont très nombreux et difficiles à coordonner.

L’adhésion à des dispositifs comme les clusters, les pôles de compétitivité ou les pôles d’excellence rurale pourrait s’expliquer par la “production intense de relations sociales, de relations entre êtres humains sur un territoire donné”.

Mais, notre relation à la proximité est aujourd’hui brouillée :

  • par l’évolution de nos modes de vie et de transports,
  • par l’explosion d’Internet, le développement spectaculaire de places de marchés mondiales et bien sûr, les réseaux sociaux professionnels (LinkedIn notamment).

Nos échanges sont de plus en plus organisés autour d’Internet des outils que la révolution digitale nous offre. Notre perception de la proximité a changé de nature. Nous utilisons les réseaux sociaux pour nous construire de nouvelles proximités de pensée, d’intérêts et de partages. Mais, une observation fine confirme aussi la tendance à recréer des proximités (ou communautés d’intérêt) géographiques.

Les leaders de l’industrie digitale ne s’y trompent pas. Ayant atteint la taille “globale”, ils tentent maintenant de prendre le contrôle du “local” (cf. Facebook avec Market place, Alibaba, …). D’autres initiatives ont fait de la proximité le coeur de leur projet (monptivoisinage.fr, ma-residence.fr)  et utilisent la géolocalisation pour structurer leur offre de services.

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“En somme, la dichotomie entre local et global a bien lieu d’être dépassée. Pour souligner cette nécessité, certains analystes ont proposé de créer un néologisme : le « glocal ». L’économie de petits mondes » marie en effet les deux échelles : il se crée une géographie particulière des activités, qui combine un réseau dense de relations locales (techniques, économiques, sociales, institutionnelles, financières) et un réseau très structurant de relations globales (techniques, économiques, financières). Même une petite PME, aujourd’hui, peut jouer sur les deux tableaux. Beaucoup n’hésitent pas à le faire. Travailler dans l’économie de proximité est compatible avec le fait de s’inscrire dans des réseaux globaux (…) ” (CESN, 2010)

Nous conclurons cet article en citant le géographe Bernard Pecqueur :

« le jeu de la proximité ne tend pas à protéger les acteurs de la globalisation et de l’anonymat supposé des coordinations qui en découlent. Au contraire, le proche confronte les acteurs au lointain et le local fournit les clés de modalités” (in Économie de proximités, Éditions Lavoisier, 2004, p.37-38).

6. Relations d’affaires et proximité

Manavao – Toulouse, 7 novembre 2016

* Pour rédiger cet article, nous nous sommes inspirés de quelques rapports et ouvrages :

 

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